Innovation Ennoblissement textile : teinture au CO2

Une entreprise néerlandaise est parvenue à colorer des textiles sans utiliser d’eau.

Un maillot de sportif de couleurs vives flotte sur un cintre. Il porte l’inscription “Kenya” en grosses lettres. Mais son originalité est ailleurs : normalement, il faut des litres d’eau pour teindre du textile. Or, pour donner les couleurs du drapeau kenyan à ce vêtement, on n’a pas utilisé la moindre goutte d’eau.

DyeCoo, société néerlandaise créée en 2007, a mis au point un procédé qui permet de teindre à grande échelle du textile à l’aide de CO2. C’est la première et la seule au monde à être parvenue à ce résultat.

L’industrie textile consomme beaucoup d’eau. Pour teindre un kilo de textile, il faut en moyenne 100 à 150 litres d’eau selon le type de tissu. D’après certaines estimations, on teint quelque 30 milliards de kilos de textile par an. La quantité d’eau nécessaire est à peine concevable : près de 4 000 milliards de litres, de quoi remplir 1,6 million de piscines olympiques. En outre, pendant le processus, on ajoute à l’eau d’innombrables produits chimiques, ce qui a de graves conséquences sur l’environnement : selon la Banque mondiale, l’industrie textile est responsable de 17 à 20 % de la pollution de l’eau à l’échelle mondiale.

Chez DyeCoo, 450 à 600 kilos de tissu sortent colorés de bacs en acier inoxydable de dix mètres sur douze. Jusqu’à présent, seul le polyester est traité, mais l’entreprise travaille à des applications pour d’autres tissus, comme le coton.

Le secret permettant de se passer d’eau réside dans la transformation du CO2, ou dioxyde de carbone. Habituellement, ce gaz invisible flotte dans l’atmosphère mais, sous haute pression, il se liquéfie. “Tout se passe dans des réservoirs sous pression”, explique Reinier Mommaal, directeur et cofondateur de l’entreprise. “Le CO2 sous forme gazeuse est injecté dans les réservoirs où le textile est enfermé.” A l’intérieur, la pression monte jusqu’à 250 bars, contre 1 bar à l’extérieur. Le CO2 devient liquide et le colorant se dissout. A l’intérieur du réservoir, un moteur pompe ce liquide pour le faire circuler et le polyester absorbe la couleur. Au bout d’une heure ou deux, la pression peut être ramenée à la normale et le tissu sort de la machine, teint et archi-sec. Le CO2 qui a servi à l’opération est récupéré à 95 % pour être réutilisé.

Selon Reinier Mommaal, les machines de DyeCoo ne sont pas seulement respectueuses de l’environnement, elles font aussi baisser les coûts de production de 30 à 50 % grâce aux économies d’énergie et de colorant. En outre, ce procédé est deux fois plus rapide que le traditionnel gaspillage d’eau.

Le procédé de teinture au C02 supercritique aurait les avantages suivants :

  • pas d’eau utilisée (préservation des ressources en eau, et pas d’effluents)
  • les colorants non épuisés sont récupérés sous forme de poudre
  • pas besoin d’agent dispersants et autres PAT
  • cycle court : 2 heures (teinture, lavage, séchage)
  • faible consommation énergétique
  • pas de pollution atmosphérique grâce au recyclage du CO2 utilisé

La technologie est devenue un système commercialement viable pour la teinture de polyester, élasthanne et nylon. Toutefois, il existe encore certains obstacles qui doivent être surmontés avant que le système peut être utilisé sur une grande échelle.Actuellement, la teinture supercritique nécessite des pressions plus élevées que celles qui sont actuellement disponibles dans les machines de teinture à jet conventionnels. Pour obtenir la température et la pression requise, autoclaves avec de grandes capacités de maintien doivent être utilisés dans le procédé de teinture. Ce type d’équipement est considéré comme l’état de l’art et ne sont pas facilement disponibles sur une échelle industrielle. Le coût élevé du système par rapport à la teinture traditionnelle représente un obstacle. Une façon de compenser le coût du capital pourrait être pour le CO2 supercritique à être étendu pour inclure les pré-traitements tels que le dimensionnement et désencoller. À l’heure actuelle, la teinture supercritique au CO2 est limitée aux fibres synthétiques. Pour les fibres naturelles de la diffusion du CO2 supercritique est entravé par son incapacité à rompre les liaisons hydrogène présents dans de nombreuses fibres naturelles, y compris le coton, la laine et la soie. Un autre problème est que les colorants réactifs, les colorants directs et les colorants acides, qui conviennent pour la teinture de fibres naturelles sont insolubles dans le CO2 supercritique. Un projet de recherche sur la teinture supercritique au CO2 a conclu que, pour que le processus de travailler avec des fibres naturelles, les fibres devront être modifiée ou un nouveau mécanisme de fixation devra être développé.

L’attraction principale du CO2 supercritique, c’est que c’est un moyen de sauver des quantités substantielles d’eau et d’énergie dans la teinture des textiles. Cet avantage est particulièrement important étant donné que les approvisionnements en eau sont de plus en plus rares, surtout dans les régions productrices de textiles de la Chine, l’Inde et d’autres parties de l’Asie. Cependant, il ya encore des défis concernant le coût de l’équipement, l’entretien du matériel et la teinture de fibres naturelles.

A noter que de grandes marques internationales comme Nike, Adidas, Ikea ou encore Hunstman ont déjà conclu des partenariats avec Dyecoo Textile Systems.

Source : Courrier International